Jérémie - AMS 68

Une année sur l'île d'Amsterdam

Vos questions

Ces derniers temps, j’ai eu le droit à beaucoup de questions concernant mon départ. Sur les conseils de David, j’ai essayé de recenser les questions qui reviennent le plus souvent et d’y répondre avec quelques détails. Les commentaires sont présents en bas de la page au cas où vous auriez une autre question :)

Comment on s’y rend sur ton île ?

Le choix est mince : par bateau et… c’est tout. Le Marion Dufresne est affrété par l’IPEV et effectue 4 rotations (d’environ 1 mois) par an : OP1 (avril), OP2 (août), OP3 (novembre) et OP4 (décembre). Chaque rotation débute à l’île de la Réunion, passe par les îles Crozet, les îles Kerguelen puis l’île d’Amsterdam pour enfin revenir à son point de départ (plus de 8000 km !). En plus de transporter le personnel vers les différents districts, il assure aussi le ravitaillement des bases. C’est donc un navire très polyvalent, il est à la fois un pétrolier transportant du carburant pour les bases, mais aussi navire de recherche contenant 650 m2 de laboratoires. On notera la présence d’un héliport permettant de décharger sans avoir à accoster (ce qui est d’ailleurs impossible sur les districts).

Plus d’infos concernant le Marion Dufresne

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On peut y aller nous ?

C’est possible ! Le Marion Dufresne embarque des touristes lorsque cela est possible (le but de chaque rotation est avant tout d’acheminer du personnel, des vivres et du matériel sur les bases). Par contre, les places sont extrêmement chères puisqu’il faut compter au minimum 8500 euros par personne pour une cabine double (17000 euros pour une cabine simple). Bref, c’est très cher.

Plus d’infos concernant le tourisme

Tu y restes combien de temps ?

Environ 1 an. Les dates ne sont pas encore bien définies, ce que je peux vous dire c’est que je partirai avec l’OP3 de 2016 et reviendrai probablement avec l’OP4 en 2017.

Il fait froid ?

Pas tant que ça ! La température maximale enregistrée depuis les cinquante dernières années est de 26° et le record de froid de 2°. Pas de neige ni de gelée donc, mais un vent constant et de la pluie. Si par hasard vous voulez savoir quel temps il y fait aujourd’hui et bien sachez que la météo est disponible sur internet :)

Ah mais tu peux rien acheter sur place ?!

Eh non, pas de supermarché ! La base possède une boutique, la COOP, dans laquelle on peut acheter des vêtements, des produits d’hygiène, des livres, des souvenirs… Mais tout est relativement cher. C’est donc plutôt pour dépanner et il ne faut pas trop compter dessus.

Du coup tu dois tout amener ?

Absolument ! L’IPEV autorise à chaque hivernant d’amener jusqu’à 120kg d’affaires réparties dans 3 cantines de 40kg chacune qui sont acheminées par bateau depuis Brest. Alors, bien évidemment, pas besoin de ramener de couette, d’oreillers, de meubles, etc. Par contre, il faut prévoir : vêtements, un an de shampoing, un an de dentifrice, de brosse à dents… Ça demande beaucoup d’organisation, mais heureusement que les hivernants actuels nous transmettent des mails pleins de conseils avisés !

Mes cantines sponsorisées par le chat Mes cantines sponsorisées par le chat

Mais, y’a de l’eau potable et tout ?

Bien sûr, la base est complètement autonome. L’électricité est produite à l’aide de 3 groupes électrogènes alimentés par du fioul. Le fioul est stocké dans 6 cuves qui sont remplies par le Marion Dufresne lors de son passage. Les générateurs sont capables de s’adapter à la consommation courante de la base ce qui introduit des surtensions ou sous-tensions sur le réseau électrique. Celles-ci peuvent abimer les appareils électriques et il m’a d’ailleurs été conseillé d’amener un réveil à pile pour ne pas subir le décalage d’heure d’un radio-réveil branché sur secteur.

Contrairement aux autres districts austraux, Amsterdam ne peut pas compter sur les rivières pour alimenter son réseau d’eau. L’eau de pluie est récupérée, rendue potable et distribuée dans les robinets.

Il faut faire à manger ?

Les repas sont pris en commun, un cuisinier est chargé de faire à manger pour tout le monde ! Sur Amsterdam, nous avons la chance d’avoir un climat permettant de cultiver des légumes (tomates, salades, concombres, oignons…). Ce qui pousse dans le potager est très contrôlé afin de ne pas nuire à la biodiversité endémique de l’île. Il est aussi possible de pêcher et à ce titre, la langouste constitue la grande spécialité d’Amsterdam ! Tout le reste est acheminé par bateau et stocké dans des chambres froides pouvant contenir plusieurs mois de vivres.

La langouste d'Amsterdam (source : <a href='http://saintpauletamsterdam.blogspot.fr/2015/04/une-cuisine-dans-les-australes.html'>blog officiel du district</a>) La langouste d'Amsterdam (source : blog officiel du district)

Tu auras internet ?

Oui ! Par contre, on est loin du débit fibre optique … environ 110kb/s à partager avec toute la base. Tout le monde a un téléphone dans sa chambre et on peut appeler pour 1,20e la minute. Finalement, le mieux c’est de se faire appeler. D’autant plus que certains opérateurs proposent des abonnements avec option DOM/TOM permettent d’appeler gratuitement la base car les numéros sont assimilés à des numéros réunionnais (d’après mes informations Free ne fonctionne pas du tout, alors que Sosh marche parfaitement).

Attention point technique

Concernant ce blog justement, j’utilise Jekyll avec les Github pages. Ça me permet de ne pas payer un hébergement web et ça m’évite de passer par une interface lourde à la Wordpress qui mettrait plusieurs secondes à charger. Dans mon cas, j’ai juste à pusher mon commit sur github et le tour est joué !

Comment t’as connu ça ?

Sur internet. Après quelques recherches, je suis tombé sur l’offre de l’IPEV et elle correspondait parfaitement avec mon profil. J’ai donc postulé et reçu une convocation pour un entretien quelques jours plus tard. Cette première rencontre consiste à compléter un questionnaire puis à un entretien individuel avec des responsables de l’IPEV. Une fois passé cette étape vient la visite médicale : consultation avec un médecin, radio des poumons, panoramique dentaire, électrocardiogramme, prise de sang, pipi dans un bocal… Puis l’entretien psychologique comprenant différents tests de personnalité et un entretien avec un psychologue (dont le fameux test des tâches).

Tu vas voir des pingouins ?

Durant le trajet vers Amsterdam, oui. L’archipel des Crozet abrite l’une des plus grandes colonies de manchot royal (les deux tiers de la population), on y trouve aussi des gorfous dorés, des gorfous sauteurs et des manchots papous.

Sur Amsterdam, côté mammifère marin, on trouve principalement des otaries, des éléphants de mer et de temps en temps des orques. Les oiseaux marins présents sont les mêmes que dans la plupart des îles subantarctiques : sterne, skua, pétrel géant. L’albatros d’Amsterdam est une espèce endémique d’Amsterdam, il ne resterait plus qu’environ 200 individus, ce qui en fait une espèce en danger critique d’extinction.

L'albatros d'Amsterdam (source : <a href='https://fr.wikipedia.org/wiki/Albatros_d%27Amsterdam#/media/File:Albatros_d%27amsterdam.jpg'>Wikipedia</a>) L'albatros d'Amsterdam (source : Wikipedia)